Tuerie dans une école juive8 min read

Mohamed MerahLe 19 mars 2012, une fusillade éclate dans une école juive à Montauban. C’est le début de la médiatisation d’une affaire qui a commencé quelques jours plus tôt.

Un militaire a publié sur une annonce sur leboncoin pour vendre sa moto. Le 11 mars 2012 il a rendez-vous avec Mohamed Merah sur un parking de Toulouse. Ce dernier le menace avec un pistolet, puis finit par lui tirer une balle dans la tête. Il tient des propos pro-islamistes en s’enfuit avec la moto 1.

Le 15 mars 2012, Mohamed Merah se rends à l’entrée d’une caserne et tire sur trois militaires, à proximité d’un distributeur de billets. Deux d’entre eux meurent 2.

Le 19 mars 2012 vers 8h Mohamed Merah arrive en scooter devant le collège-lycée juif Otzar Hatorah de Toulouse. Il est armé d’un pistolet automatique et d’un pistolet mitrailleur. Il ouvre le feu sur un groupe de personnes, puis rentre dans l’établissement en continuant à tirer. Il tue en tout trois enfants et un professeur, et fait cinq blessés 3.

La même arme est utilisée pour les trois affaires, ce qui permet de les relier. Mohamed Merah est identifié par la police le 19 mars 2012. Il a été confondu notamment par l’adresse IP de sa mère, qui fait partie des 576 personnes à s’être connectées à la petite annonce passée par la première victime sur le site leboncoin.fr. La DCRI le localise chez lui le 20 mars, au premier étage d’un immeuble, et encercle son domicile dans la soirée.
Mohamed Merah parvient pourtant à sortir de chez lui sans que la DCRI ne s’en rende compte. Il sillonne la ville pendant cinq heures. Il va notamment voir sa famille et ses amis et leur laisse des affaires. Il appelle aussi plusieurs chaînes de télévision, à qui il revendique ses crimes, puis il poste une vidéo de la tuerie, qu’il a lui-même filmé, à Al Jazeera. Il regagne enfin son appartement en passant devant un dispositif de surveillance de la DCRI, sans que personne ne le remarque 4. Le but de cette sortie était probablement de médiatiser ses actions.

Le RAID lance un assaut surprise le 21 mars vers 3h. Mohamed Merah les attendait et parvient à les repousser, faisant deux blessés parmi le RAID. Le RAID encercle l’immeuble. Les autres habitants ne sont évacués que vers 11h30.
Le RAID et Mohamed Merah échangent des provocations et quelques coups de feu jusqu’au 22 mars après 11h10. Le RAID donne un nième assaut lors duquel Mohamed Merah sort brutalement de sa salle de bain et tire à une cadence si rapide qu’on [aurait dit] une arme automatique. Il est touché d’une balle dans la tête 5.

Dès l’annonce de la mort de Mohamed Merah, la polémique commence.

D’abord sur l’intervention du RAID. La meilleure unité de police de France a mis 32h pour arrêter une seule personne sans otage, et n’a pas réussi à le capturer vivant ? Même le fondateur du GIGN critique l’intervention du RAID, et pointe ses nombreux dysfonctionnements 6. La réponse du chef du RAID est plus qu’hasardeuse 7.

Ensuite, la surveillance de Mohamed Merah montre des bizarreries. Toute la famille de Mohamed  h est fichée par la DST dès 2006, suite à un voyage en Syrie et en Irak. Mohamed Merah repart seul au proche orient quelques années plus tard. Il est arrêté par l’armée américaine à Kandahar le 22 novembre 2010, suite à un contrôle routier. Il est alors signalé à la DCRI. Lors de son retour en France la DCRI décide de ne pas mener d’enquête, faute d’éléments probants. Une famille du quartier de Mohamed Merah a pourtant poroté plainte contre lui quelques moi plus tôt suite à une tentative d’embrigadement d’un enfant.
La DCRI mets sur écoute Mohamed Merah et sa famille entre mars et novembre 2011. Ces écoutes sont validées par la justice, mais la DCRI décide elle-même de les arrêter.
Mohamed Merah est de nouveau convoqué par la DCRI en janvier 2012, soit deux mois avant le premier militaire assassiné. Pourtant il faut quatre jours à la police pour faire le lien entre les premiers meurtres et lui.
Le Canard Enchaîné va même jusqu’à dire que Mohamed Merah a été traité comme un indic, ou en voie de l’être 8.

Le 8 juillet 2012, TF1 diffuse un extrait de l’enregistrement de la conversation téléphonique entre Mohamed Merah et un brigadier chargé de son suivi. Une retranscription de l’enregistrement quasi complet est diffusé quelques jours plus tard 9. On y apprends que Mohamed Merah avait parlé avec le brigadier à plusieurs reprise avant en entre les tueries. Lors de l’échange, Mohamed Merah domine complètement le brigadier, allant même jusqu’à se moquer de lui pour tous les mensonges grossiers qu’il lui a fait gober :
Mohamed Merah : Franchement, toi t’y a cru, honnêtement, t’y a cru à cette histoire de tourisme ?
Mohamed Merah : c’est vrai j’avais fait une vraie coupe fashion t’as vu, j’avais fait la crête, les cheveux longs en arrière, dégradés espagnols sur les côtés, (écrit bonne…) j’avais fait tout ça tu vois. J’ai fait blond… marhambdullah, ça ça faisait partie de la ruse, tu vois.
Brigadier : Ouais mais ça c’était avant que tu partes en Afghanistan ça. Donc déjà t’étais déjà préparé à, à… T’avais déjà un objectif. Mais c’était avant que tu partes ça ? C’était en 2010 ?
Mohamed Merah : Ouais, ouais. C’était avant que je parte.

Un échange de la conversation permets aussi de penser que Mohamed Merah était un indic du brigadier :
Mohamed Merah : Si, crois-moi que je t’avais ciblé (hamdullah). Crois-moi que, Allah il a fait que ce-, que c’est pas moi qui sera la cause de, de ta mort ou, peut-être ce sera quelqu’un d’autre ou peut-être que tu mourras de, d’une autre façon t’as vu mais mon but c’était de, de t’appeler, te faire, te dire que j’avais le nom, tout ça, te le donner, de faire un travail pour que tu viennes à moi et, et t’en aurais pris une en pleine tête mais hamdulillah tu vois, Allah il a fait que, que le décret soit différent t’as vu.
La DCRI a tout fait pour conserver cet enregistrement secret, allant même jusqu’à refuser de le communiquer au ministre de l’intérieur de l’époque, Manuel Valls Galfetti 10.

Quelques jours plus tard, le père de Mohamed Merah déclare avoir un enregistrement impliquant clairement les services secrets français dans cette affaire. Il en publie un extrait de la retranscription 11. Toutefois la justice n’a pas eu de copie de cet enregistrement, et doute fortement de son existence 12.

Au niveau judiciaire, plusieurs plaintes sont déposées.

Le parquet ouvre une information judiciaire le 25 mars 2012, en ajoutant la circonstance aggravante l’antisémitisme 13. Plusieurs personnes, dont le frère de Mohamed Merah, sont arrêtés suite à l’enquête. L’hypotèse du « loup solitaire », privilégiée au début de l’enquête, ne tient plus 14.

Plusieurs membres de la famille d’un des militaires tués portent plainte contre la DCRI et ses responsables (Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa et Bernard Squarcini), ainsi que contre X, pour non empêchement d’un crime et mise en danger délibéré de la vie d’autrui. Ils accusent la DCRI de ne pas avoir fait son travail correctement pour empêcher les tueries 15.

Des membres de la famille de Mohamed Merah portent également plainte contre le RAID. Ils l’accusent d’avoir volontairement tué Mohamed Merah, alors que les circonstances permettaient son arrestation 16.