Une voiture de police est incendiée par des manifestants

Le 18 mai 2016, des manifestants incendient une voiture de police à Paris.

Depuis février 2016, Myriam El Khomri, Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, a en projet un nouveau texte de loi qui va modifier plusieurs points importants du code du travail 1. Le texte est très impopulaire. Les syndicats y sont massivement opposées 2, mais ils ne sont pas tous d’accord sur les suites à donner. Certains font des contre-propositions, tandis que d’autres organisent des manifestations 3.

Le 10 mai 2016, le Premier ministre Manuel Valls décide d’utiliser l’article 49 alinéa 3 de la constitution pour faire passer le texte de loi en force, sans vote parlementaire 4.

À la mi-mai 2016, six manifestations ont déjà eu lieu partout en France. Plusieurs d’entre elles ont dégénérées : des sites industriels ont été bloqués, des locaux du Parti socialiste sont vandalisés et des affrontements ont lieu avec la police 5.

Le 18 mai, les syndicats de police ont organisé des manifestations Place de la Républiquer à Paris et dans plusieurs villes de France. Ils veulent dénoncer la haine anti-flics, mais aussi demander plus de moyens pour lutter contre les casseurs. Des policiers sont régulièrement attaqués lors des précédentes manifestations, faisant plus de 300 blssés parmis eux 6, mais également 34 blesés parmis les manifestants 7.
Le collectif « Urgence, notre police assassine » a souhaité organiser une contre-manifestation le même jour au même endroit. Pour éviter de nouvelles violences, la préfecture n’a pas autorisé la contre-manifestation 8. D’autant plus que la Place de la République est le lieu de rasseblement du collectif Nuit Debout depuis quelques semaines 9.

Les contre-manifestants se rendent quand même sur place. Ils sont repoussés aux environs du canal Saint-Martin par les policiers en charge de la sécurité, parfois à l’aide de lacrymogène.
Les manifestants croisent une voiture de police qui ne faisait pas partie du dispositifs de sécurité. L’un d’entre eux casse la vitre arrière avec une grosse borne en métal, puis un autre lance un fumigène par l’ouverture créée. La voiture commence à prendre feu.
Les policiers sortent de la voiture. L’une d’ente eux affronte brillèvement un casseur qui l’attaque avec une barre en métal souple, avant de s’éloigner 10 11.

Au niveau politique, le premier ministre Manuel Valls parle rapidement volonté de tuer des policiers et demande des sanctoins « implacables ». Marion Anne Perrine Le Pen (dite Marine le Pen) et Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa dénoncent l’incompétence et le laxisme de l’état, ainsi que sa perte d’autorité. Frédéric Péchenard, le directeur général du parti politique Les Républicains, parle même et terrorisme et d’attaque des symboles de l’état 12.

Au niveau judiciaire, cinq jeunes sont placés en garde à vue 13. L’un d’eux est relaché à l’issue de sa garde à vue, tandis que les quatre autres sont écroués en attente de leur procès. Ils sont mis en examen pour « violences en bande organisée » avec arme sur personne dépositaire de l’autorité publique, destruction de biens « en bande organisée par moyen dangereux » et « participation à un attroupement » armé avec dissimulation du visage. Trois des accusés étaient sous le coup d’une interdiction de manifester pour cette journée, et deux avaient déjà été condamnés suite à des violences 14.
Une semaine après les événements, une cinquième personne en mise en examen. Il s’agit d’un américain, arrêté lors d’une autre manifestation 15. Une sixième personne est arrêtée le 8 juin 16.

La procédure judiciaire est plus que fouilli.
La plupart des suspects ont été arrêtés suite à un témoignage anonyme au moins partiellement faux 17, et qui s’est révélé être celui d’un policier infilté lors de la manifestation 18.
De plus, les enquêteurs ont eu beaucoup de mal à identifier les casseurs présumés, qui étaient cagoulés. Tout au long de l’enquête, certains ont été libérés pui ré-emprisonnés, les rôles de certaines personnes ont été inversés,… 19 20.
Pour finir, le témoignage d’un accusé reconnaissant les faits a contredit celui du policier, 21.

Au final huit personnes sont toujours en prison en attente de jugement. Le parquet n’a pas retenu la tentative d’homicide, mais seulement des « violences concertées et préméditées » 22.
Le principal accusé, celui qui a jeté le fumigène dans la voiture de police, est un ressortissant suisse sans aucun lien avec le reste du groupe. Il ne s’est pas présenté à sa convocation au tribunal 23.


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Un TGV d’essai déraille, faisant 11 morts

Le 14 novembre 2015, un TGV d’essai déraille lors d’un essai en survitesse. Le bilan est de 11 morts et 42 blessés.

La LGV Est européenne est une voie TGV ayant pour but de relier Paris à Strasbourg en 1h50. La première phase des travaux, terminée en 2007, à permis de relier Paris à Baudrecourt. La deuxième phase commence au même et moment doit prolonger la voie jusque Strasbourg, pour une longueur de 106 km. Strasbourg sera alors à 1h48 de Paris, au lieu de 2h20.
L’étude dure jusqu’en 2010, puis les travaux commencent. Ils se terminent le 31 mars 2015 1.

LGV Est européenne - 2ème phase

Les essais de la lignent commencent en septembre 2015. Le train doit effectuer 200 allers-retours sur la ligne à une vitesse augmentant progressivement de 160 km/h à 352 km/h, soit 10% de plus que la vitesse commerciale prévue. Si tout se passe bien, la ligne entrera en service le 3 avril 2016 2.

Le 14 novembre vers 14h30, le TGV d’essai s’engage sur la voie rapide pour commencer le tout dernier essai en survitesse. Dans le train, il y a des techniciens participant aux essais, mais aussi des invités qui n’ont aucun rapport avec les tests, dont des enfants. Il y a notamment sept personnes dans la cabine du conducteur, au lieu des quatre prévues. À ce sujet, le président de la SNCF Guillaume Pepy a déclaré : « [Ce] n’est pas une pratique que la SNCF reconnaît. Un train de test est un train de test. ». Pourtant il semble que ça soit loin d’être inhabituel.

Pour permettre au train de dépasser la vitesse normale de la ligne, conformément au protocole de test, plusieurs sécurités sont désactivées.

Le TGV déraille trente minutes après le début des tests à hauteur de la commune d’Eckwersheim, en Alsace. La motrice et six voitures terminent leur course en bas d’un talus. Deux voitures et la motrice arrière terminent dans un canal 3. Les secours mis en place sont très importants : près de 300 pompiers et plus de 100 véhicules de secours 4. La tâche est compliquée par l’absence de liste précise des passagers.

Tgv déraillé

Le jour même de l’accident, plusieurs médias parlent de la vitesse excessive du TGV à l’entrée de la courbe 5 6. Pourtant, à ce moment là le conducteur nie tout excès de vitesse 7 et la SNCF refuse de se prononcer tant que les boîtes noires n’ont pas été étudiées 8.

Il faut aLe trajet de TGV avant l’accidentttendre le 19 novembre pour que la thèse de la vitesse soient officiellement abordée par les enquêteurs. Le train a atteint une vitesse de 352 km/h sur la voie d’essai, conformément au protocole de test 9. Ensuite il devait ralentir pour passer un virage à 176 km/h. Mais il l’a abordé à 265 km/h. D’après les enquêteurs le train a commencé à freine onze secondes trop tard. La raison du retard au freinage est encore floue. Les enquêteurs remarquent quand même qu’il y avait sept personnes dans la cabine du TVG au lieu des quatre prévues, ce qui aurait pu déconcentrer le conducteur 10.

Il faut attendre plusieurs moi pour en savoir plus sur la raison du retard au freinage.
Sur le trajet aller, le TGV a freiné en 2 km au lieu des 4 km prévus. le supérieur hiérarchique du conducteur du train lui a alors demandé de freiner 1 km plus tard lors du retour. Ça correspond aux onze secondes de retard constatées lors de l’enquête 11 Cette décision est incompréhensible, d’autant plus que trois jours avant, lors d’un précédent test, le TVG était passé tout près de l’accident au même endroit. Le conducteur avait commencé à freiner au bon moment mais il a eu du mal à atteindre la bonne vitesse. Cette information, qui aurait pu éviter le déraillement, n’est pas remontée jusqu’au chef d’essai 12.
Le résultat de l’enquête est parfois contesté. La boîte noire du TGV est restée longtemps sur le site de l’accident et a été retrouvée sans son scellé. Certaines personnes pensent que ses données ont pu être modifiées à l’insu des enquêteurs 13.

Au niveau judiciaire, trois employés de la SNCF et d’une de ses filiales sont mis en examen le 12 octobre 2016, dont le conducteur du train. L’enquête a mis en avant la mauvais organisation des essais, leur manque de rigueur et le non respect du règlement 14 15.

Comme à son habitude, la SNCF a publié un rapport exemplaire sur les circonstances de l’accident 16.

Un accident de bus fait 43 morts

Le vendredi 23 octobre 2015, vers 7h30, un camion et un bus transportant des personnes âgées entrent en collision à Puisseguin, près de Libourne. Le bilan est très lourd : 43 morts et 8 blessés, dont 4 graves. C’est le plus grave accident de la route en France depuis 1982 1.
Le bus était partis quinze minutes avant l’accident. Il transportait 49 personnes en plus du chauffeur. Les passagers étaient des personnes âgées membres d’un club du troisième âge, le Petit Palaisien. Elles se rendaient dans les Pyrénées-Atlantiques pour leur sortie annuelle 2.

Le camion était conduit par Cédric, un homme de 31 ans. Il venait de livrer un chargement de bois en Gironde et repartais vers l’Orne avec une remorque vide. Son fils de trois ans, en vacances, se trouvait lui aussi dans le camion, dans un siège-auto. Le père de Cédric, directeur de l’entreprise de livraison l’employant, l’a décrit comme minutieux et expérimenté. 3.

Le camion et le bus se croisent au niveau d’un virage étroit. Le camion entre probablement dans le virage à une vitesse trop élevée par rapport à l’état de la route. Il part en portefeuille et dérape sur la partie gauche de la chaussée. Le bus ne peut éviter le camion et entre en collision frontale avec la remorque 4.
Le choc est très peu violent. Certains passagers ne l’ont même pas ressenti. Mais l’incendie démarre instantanément et se propage très vite. Le bus est rapidement entouré par les flammes, et le toit commence à fondre. Les passagers se dirigent rapidement vers la sortie. Quatre d’entre eux sortent par la porte de derrière, et quatre autres (dont le chauffeur) par la porte de devant. Deux automobilistes arrivés juste après l’accident ne peuvent rien faire car le feu est déjà trop important. Plusieurs passagers continuent d’appeler à l’aide depuis l’intérieur du bus, certains sont mêmes tombés à l’extérieur, mais personne ne peu les aider à cause de la violence de l’incendie 5 6 7.
Le chauffeur du camion et son fils meurent également dans l’accident 8.

Après l’accident, des habitants et des élus locaux pointent du doigt la dangerosité de la route. Quatre heures à peine après l’accident, le député de Gironde Noël Jean Mamère dénonce l’entretien de la route, qu’il juge insuffisant 9. Elle comporte une succession de virages serrés, et plusieurs accidents y ont déjà eu lieu. Le virage dans lequel a eu lieu l’accident est réputé être le plus dangereux de tous 10.
Pourtant, d’après le délégué interministériel à la Sécurité Routière Emmanuel Barbe, cette route n’était pas classée comme dangereuse, et elle est même inconnue du fichier des accidents corporels de la Sécurité Routière. De plus, le revêtement de la route avait été entièrement refait cinq ans plus tôt 11.

Mais les plus grosses interrogations viennent de la vitesse de la propagation de l’incendie.
D’après l’enquête officielle, un outil présent dans le coffre du camion a perforé un réservoir auxiliaire sous pression, en dessous de la cabine. Un brouillard de gouttelettes de gasoil s’est répandu dans le bus et s’est enflammé. Des vitres du bus, qui se sont cassées lors de l’accident, ont créé un appel d’air qui a rapidement propagé l’incendie 12.
Mais une autre théorie est apparue sur internet. Depuis une nouvelle directive de la Comission Européenne, l’ancien gaz des climatisations s’est retrouvé interdit car trop dangereux pour l’environnement. Un seul gaz correspond aux nouveau critères. Il remplace progressivement l’ancien gaz, au rythme de la maintenance des climatisations. Or le nouveau gaz est dangereux pour les utilisateurs. Il est très facilement inflammable et, en cas d’incendie, produit un acide extrêmement puissant. Le circuit de la climatisation, en haut du bus, aurait été perforée dans l’accident et aurait permis la propagation rapide du feu par le toit.
Plusieurs personnes dénoncent le rôle de la Commission Européenne, qui a cédé aux lobbys étrangers. Le nouveau gaz de climatisation est uniquement fabriqué par des entreprises états-uniennes. 13 14.
Quoi qu’il en soit, la dangerosité du nouveau gaz de climatisation faisait débat auprès des professionnels de l’automobile déjà plusieurs années avant l’accident 15 16.

Mort de Rémi Fraisse à Sivens

Rémi Fraisse est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, victime de l’explosion d’une grenade offensive. Il participait à une manifestation contre le barrage de Sivens.

TescouLe Tescou est une petite rivière passant notamment dans le Tarn. C’est une rivière de faible débit. Son cours a été plusieurs fois modifié pour répondre aux besoins de l’agriculture. Son eau est trouble et de mauvaise qualité. Sa seule partie naturelle se trouve dans la zone du Testet 1. Il s’agit d’une des zones humide abritant la plus grande biodiversité du département. Elle compte notamment 94 espèces animales protégée, et 15 plantes rares.

Depuis la fin des années 60, de multiples projets voient le jour dans la région : la création de plusieurs complexes touristiques, d’une décharge ou d’un lac de retenue. Tous ces projets sont annulés suite à la pression des habitants et des agriculteurs 2.

La construction d’un barrage est devenu une nécessité, d’après les agriculteurs. Le Tescou rencontre des périodes de sécheresse huit années sur dix. Le but du barrage serait de participer à l’irrigation des champs, mais aussi à garantir un débit suffisant à la rivière lors des périodes de sécheresse 3

L’étude préalable au dernier projet du barrage de Sivens commence en 1989. Elle s’étale jusqu’en 2004. Les travaux débutent officiellement le 14 septembre 2007, pour une durée prévue de 36 mois. Toutefois de nouvelles études ont lieu entre 2008 et 2010, alors que les travaux ne sont pas encore commencés. En 2010, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques recaractérise certaines zones humides, les qualifiant de « à forts enjeux environnementaux » 4.
La demande d’autorisation de travaux est déposée en préfecture le 4 mai 2012. S’en suit plusieurs enquêtes publiques et réunions d’informations, jusqu’à la fin de l’année. Parallèlement, plusieurs instances administratives rendent des avis contradictoires. Par exemple, le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques est favorable au barrage, alors que le conseil national de protection de la nature est défavorable. D’ailleurs cet avis défavorable sert de prétexte à la ministre de l’Écologie Delphine Batho pour bloquer le projet, le 5 juin 2013. Elle a toujours été contre mais avait jusque là seulement réussi à gêner le projet. Delphine Batho est limogée en juiller 2013 et son successeur, Philippe Martin, relance le projet 5.

Plan du projet de barrage à Sivens

La contestation autour du barrage de Sivens a existé dès les premiers projets. D’abord informelle, elle s’amplifie en 2011. Plusieurs associations sont créés, comme le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet 6. Il qualifie ce barrage de projet inadapté, dont le coût environnemental et financier est très élevé, au profit de pratiques agricoles qui sont une impasse 7. Ils dénoncent également son utilité et son surdimentionnement, accusant les agriculteurs d’être responsables des sécheresses en gérant mal les ressources disponibles et leurs réserves d’eau 8.
Deux recours sont déposés contre le barrage. Le seul susceptible de faire stopper le projet dans l’immédiat, en référé, est rejeté 9.

Les militants de l’association « Tant qu’il y aura des bouilles » décident d’occuper le site en octobre 2013. Ils sont expulsés une première fois le 27 février 2014, puis une nouvelle fois le 16 mai 10.

Les travaux de déboisement commencent le 1er septembre 2014, protégés par des gendarmes. Des affrontements ont lieu entre ceux-ci et des manifestants, qui ont notamment jetés des cocktails Molotov 11.

Un zadiste à SivensDans les jours qui suivent, les manifestants pro-barrage sont de l’ordre du milliers sur le site, dans une ambiance plutôt festive. Certains manifestants se plaignent toutefois de violences policières, et les habitants des environs ont peur que les manifestants se radicalisent 12.
C’est bien ce qui est en train de se passer. Les manifestants organisent une zone à défendre (ZAD) sur le même principe qu’à Notre-Dame-des-Landes quelques années plus tôt 13.
Plus le mois d’octobre avance, moins les zadistes sont nombreux, mais plus ils sont déterminés. autour du 20 octobre, ils ne sont plus que 200, mais ils viennent de toute la France. Les zadistes ont du mal à faire face aux gendarmes. Ils sont obligés de reculer régulièrement.
Les agriculteurs mènent également quelques actions de protestation contre le blocage des travaux, mais elles sont beaucoup moins médiatisées

Le 26 octobre 2015 au matin, la presse annonce la mort d’un des zadistes. Au début de la matinée, le flou est total sur les circonstances de la mort, mais plus tard dans la journée elles se précisent, notamment grâce aux témoignages des zadistes.
Une manifestation pacifiste regroupant 2 000 personnes a eu lieu la veille. Parmi eux étaient présents de 100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus [qui ont] jeté des engins incendiaires. Les policiers font alors usage de lacrymogène, de flash-balls et de grenades assourdissantes. Des manifestants déclarent avoir vu Rémi Fraisse, un zadistes de 21 ans, s’effondrer lors d’affrontements avec les CRS, sans en connaître la raison. Rémi Fraisse a été pris en charge et évacué par les CRS. L’événement s’est produit vers deux heures du matin 14.
Dans les jours qui suivent, les circonstances de l’accident se précisent. La nuit suivant la manifestation pacifique, entre 100 et 200 opposants au barrage ont décidé d’aller affronter les CRS au niveau du parking sur lequel étaient garés les engins de chantier servant au déboisement. Plusieurs personnes affirment que Rémi Fraisse a été victime d’un tir de grenade de la part des CRS 15. L’autopsie a révélé qu’il a été victime d’une explosion et projeté violemment au sol.
Le 31 octobre, l’enquête établit que Rémi Fraisse a été victime d’un tir de grenade offensive de la part des CRS. La grenade s’est coincée entre lui et son sac à dos. Plus important, il n’y a aucune trace d’engin pyrotechnique artisanal ni de produit explosif. L’explosion de la grenade offensive est donc la seule responsable de la mort 16.

L’inspection générale de la gendarmerie nationale a conclu le 2 décembre 2015 que le gendarme ayant tiré la grenade qui a touché Rémi Fraisse n’a commis aucune faute professionnelle 17. Il est placé en garde à vue le 14 janvier 2015, mais il ressort libre dans la soirée. 18.
Les consignes données aux gendarmes restent floues. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, et Denis Favier, le directeur de la Gendarmerie, affirment n’avoir donnés aucune consigne de fermeté. Pourtant d’après le gendarme responsable du tir de grenade, le préfet du Tarn avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l’ordre 19.
Un enregistrement des conversations des gendarmes révèle que les gendarmes ont assisté à la perte de connaissance de Rémi Fraisse mais qu’ils ont d’abord refusés d’aller le secourir. Plus tard, quand ils se sont rendus compte de sa mort, ils ont voulu la cacher aux manifestants, pour ne pas envenimer la situation. Cet enregistrement montre également que les gendarmes connaissaient la cause du décès dès le début, ce qui contredit le Ministre de l’intérieur et la gendarmerie 20 21. D’autant plus que ce dernier avait déjà suspendu l’utilisation des grenades offensives 22.

La gendarmerie déclare, après l’accident, ces munitions qui sont utilisées n’ont jamais occasionné de tels dégâts et n’ont jamais eu d’effets comparables à ceux observés 23. Pourtant la létalité de ce type de grenade est connue dès 1977 24. Plus récemment, l’utilisation des diverses grenades à létalité réduites ont conduit à la mutilation de plusieurs personnes 25.
Le ministre de l’Intérieur a suspendu le jour même l’utilisation des grenades offensives, le temps de l’enquête 26. Elles sont actuellement toujours interdites.

Au niveau politique, les travaux du barrage sont rapidement suspendus, mais pas arrêtés 27. Quelques semaines plus tard, le projet de barrage est totalement remanié. Deux solutions sont à l’étude. La création d’un plus petit barrage en amont du projet initial, ou un ensemble de trois barrages plus petits. Ces projets ne conviennent ni aux écologistes, ni aux agriculteurs 28.

La famille de Rémi Fraisse a porté plainte le lendemain de l’accident

Pratiquement un an plus tard le sujet dérange encore. Certains parents et amis de Rémi Fraisse voulaient de rassembler à l’endroit de sa mort le 26 octobre 2015, mais certains agriculteurs ont menacé de tirer au fusil de chasse sur le rassemblement s’il avait lieu. Finalement tout rassemblement a été annulé par un arrêté municipal. Seule sa famille a pu se recueillir à Sivens, escortés par de nombreux gendarmes 29.


  1. Tescou
  2. Barrage sur le Tescou : un peu d’histoire.
  3. Barrage de Sivens : pourquoi le chantier du Tarn devient une polémique nationale
  4. Chronologie du projet de barrage de Sivens
  5. Sivens, barrage à contretemps
  6. Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du TESTET
  7. Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du TESTET
  8. Sivens: trois questions autour d’un barrage polémique
  9. Lisle-sur-Tarn. Deux recours déposés contre le barrage de Sivens
  10. L’expulsion des opposants au barrage de Sivens, sur le site de la zone humide du Testet, a commencé
  11. VIDEO. Tarn : affrontements en marge de la construction du barrage de Sivens
  12. Tensions dans le Tarn, où le barrage de Sivens attise la guerre de l’eau
  13. Comment le barrage de Sivens devient le Notre-Dame-des-Landes du Tarn
  14. Barrage de Sivens : mort mystérieuse d’un opposant
  15. Testet : Rémi Fraisse aurait été touché par une grenade
  16. Mort de Rémi Fraisse: la thèse de la grenade offensive confirmée
  17. Rémi Fraisse : pas de « faute professionnelle » des gendarmes, selon l’enquête administrative
  18. Mort de Rémi Fraisse : le gendarme qui a lancé la grenade a été entendu en garde à vue
  19. Rémi Fraisse : le récit du gendarme qui a lancé la grenade
  20. Mort de Rémi Fraisse: « Il est décédé, le mec, faut pas qu’ils le sachent! »
  21. Mort de Rémi Fraisse: la gendarmerie n’imaginait pas qu’une grenade avait tué
  22. Mort à Sivens: Bernard Cazeneuve suspend l’utilisation de grenades offensives
  23. Mort de Rémi Fraisse: la gendarmerie n’imaginait pas qu’une grenade avait tué
  24. 31 juillet 1977 à Malville : Vital Michalon est assassiné par la police
  25. Nouveau pour mutiler les manifestants, les grenades « flash-bang »
  26. Mort à Sivens: Bernard Cazeneuve suspend l’utilisation de grenades offensives
  27. Barrage de Sivens : suspension des travaux le temps de « remettre les choses à plat »
  28. http://www.humanite.fr/sivens-tir-de-barrage-sur-les-solutions-563057″>Sivens : tir de barrage sur les solutions
  29. Sivens : Rémi Fraisse dérange encore (Le Canard Enchaîné n°4957 du 28 octobre 2015

Les quais des gares SNCF sont trop larges pour accueillir les nouveaux TER

Guillaume PépyLe 21 mai 2014, Le Canard Enchaîné 1 publie un article indiquant que la SNCF a commandé 314 rames de TER trop larges de quelques centimètres pour passer certains quais. La SNCF va devoir raboter 1 300 quais. Le coût total de l’opération sera de 50 à 80 millions d’euros, mais nous ne savons pas encore qui va payer.

Guillaume Pepy est entendu par une commission parlementaire le 4 juin 2014 2. Il dédramatise la situation. Les trains ne sont pas trop larges. Ils respectent les normes en vigueur, et ils ont été homologués par l’établissement public de sécurité ferroviaire. Les quais étaient également aux normes au moment de leur construction, mais en 150 ans ils ont pu bouger de quelques centimètres. Guillaume Pépy reconnaît seulement une erreur de communication entre le SNCF et RFF entre 2009 et 2011 3.

Ce n’est pas la première fois que des travaux d’adaptation doivent être mis en place. Il y en a déjà eu lors de la transformation de certaines voies pour le passage du TGV, ou lors de l’achat des rames Z 6100. Au final l’élargissement des quais ne représente que 0,4% des investissements de RFF sur la même période 4, ou alors 0,5% du prix d’achat des TER 5. Pire encore, si la SNCF avait commandé des trains moins larges, certains quais auraient dû être élargis pour répondre aux normes de sécurité 6. De plus, ce problème était connu de la SNCF et de RFF depuis au moins cinq ans 7.

On est donc en présence d’une affaire montée de toute pièce par des journalistes 8, Le Canard Enchaîné en tête. Pourtant on trouve les premiers articles dénonçant le traitement médiatique de l’affaire le jour même de la parution du Canard Enchaîné 9 10. Cette affaire a éclaté en plein conflit entre la SNCF et RFF à propos du prix de la location des rails. Ce dernier date de 1997, lors de la séparation de la SNCF en deux entités distinctes : SNCF et RFF. Le conflit est toutefois relatif, la SNCF sous-traitant une partie de son travail à RFF, qui elle même le sous-traite à la SNCF.